Tendances économiques – 30 juin 2011

Environnement économique


MONDE

Si les finances publiques des économies occidentales nous agaçaient au dernier trimestre, nous sommes désormais convaincus que la prochaine crise mondiale sera causée par l’incapacité des gouvernements à remplir leurs obligations financières. Le niveau d’endettement actuel est inquiétant et le spectre d’une seconde récession mondiale deux ans à peine après la fin de la dernière, pourrait causer beaucoup de dommages.

Le premier pays à tomber sera vraisemblablement la Grèce qui, bien que son parlement ait voté en faveur d’un plan d’austérité ambitieux à moyen terme, ne sera jamais en mesure de rembourser sa dette en cours. Cette dernière représente 150 % du PIB grec et pourrait atteindre 160 % d’ici la fin de l’année malgré une hausse de taxes de près de 7 % du PIB. Bien que certaines banques privées européennes se soient engagées, sans garanties, à renouveler une portion de leurs prêts venant à échéance dans la prochaine année, les investisseurs tournent maintenant le dos aux titres de la République hellénique. Ainsi, le déficit grec ne peut être financé que par le nouveau plan de sauvetage conjoint du Fonds Monétaire International (FMI) et de l’Union européenne (UE) qui devrait être de l’ordre de 85 milliards d’euros. Ce pansement permettra de gagner du temps, sans plus. D’une part, les industries grecques ne deviendront pas plus compétitives à la suite de cette aide et sans possibilité de dévaluer la devise, le gouvernement pourra difficilement leur venir en aide. D’autre part, le niveau de l’endettement est déjà trop élevé pour qu’il soit possible de revenir en arrière. Même en vendant pour l’équivalent de 50 milliards d'euros (20 % du PIB) d’actifs publics d’ici quatre ans (une condition posée par le FMI et l’UE), le service de la dette sera encore si important qu’on ne peut espérer mieux qu’un déficit de 5 % du PIB par an. Ainsi, plus le gouvernement attend pour s’entendre avec ses créditeurs, plus l’atterrissage sera dur et plus le public, et non l’industrie privée, en subira le choc.

Il ne faudrait toutefois pas croire que la Grèce, ni même les pays périphériques de l’Europe (Espagne, Portugal, Irlande et Italie) sont les seules économies dont les finances publiques sont malsaines. À l’heure actuelle, les États-Unis sont surveillés de près par les agences de notation de crédit ainsi que par les investisseurs qui pourraient remettre en doute la qualité du crédit souverain américain si le département du Trésor ne réussissait pas à effectuer un paiement sur 30 G$ de billets venant à échéance le 4 août prochain. Cette date est critique puisqu’il s’agit de la première échéance suivant le vote d’adoption de mesures spéciales permettant au gouvernement de dépasser le plafond d’endettement présentement établi à 14 300 G$ (légèrement en deçà de 100 % du PIB américain). Depuis 1960, la dette maximale a été augmentée plus de 70 fois, mais l’approche des élections en 2012 rend plus difficile l’adoption de mesures bipartisanes. L’agence Standard and Poors (S&P) a indiqué qu’un défaut sur les billets du 4 août entraînerait une révision à la baisse instantanée de la qualité du crédit du Trésor. Toutefois, l’agence qui a placé la dette américaine sous surveillance, le 18 avril dernier, est principalement préoccupée par la capacité du gouvernement à réduire son déficit d’ici deux ans.

Pour ce qui est des performances économiques, le Canada et les États-Unis ont poursuivi leur croissance au premier trimestre de 2011 (3,9 % et 1,9 % respectivement) alors que la croissance de l’Allemagne a accéléré à 6,1 % et que le Japon concrétise une seconde récession technique avec une décroissance de 3,5 %. Pour sa part, la croissance de la Chine se stabilise à 9,7 %1 au premier trimestre.


L’économie nord-américaine


ÉTATS-UNIS

Après un sursis en début d’année, la création d’emplois a ralenti au second trimestre et le taux de chômage américain a atteint 9,1 % au mois de mai. Nous observons toutefois que les nouveaux emplois ont été créés dans le secteur privé. Il s’agit là d’un indicateur positif sur l’installation de la reprise américaine et d’une bonne nouvelle pour les budgets des différents paliers gouvernementaux.

Comme nous le mentionnions, la dette publique américaine est en forte croissance depuis 2007. La dette totale, celle de tous les paliers de gouvernement réunis, est équivalente à près de 100 000 $ par travailleur américain, alors qu’elle n’était que de 60 000 $ en 2007. Une bonne partie de cette augmentation est liée au rôle de stabilisateur économique que jouent les gouvernements. Lors de la récession, plusieurs programmes d’investissements et de création d’emplois ainsi que des allégements fiscaux ont été mis en place afin de « lisser » le cycle économique. En passant le flambeau de l’emploi à l’industrie privée, le secteur public arrive à diminuer ses dépenses tout en augmentant ses recettes fiscales.

Pour le gouvernement fédéral, il sera d’autant plus important de contrôler son déficit en deuxième moitié de 2011 que la Fed diminuera ses achats de titres du Trésor. En effet, le programme d’achat d’obligations de la Fed (QE2) a pris fin au mois de juin. Ce dernier a permis d’absorber environ 600 G$ de nouveaux titres en plus de réinvestir les intérêts de son prédécesseur (QE1), ce qui a permis de financer plus qu’entièrement le déficit américain depuis le mois de décembre.

CANADA

Le parti conservateur, opposé presque uniquement par le NPD, un parti jeune et encore peu habile aux joutes politiques, peut maintenant bénéficier de la majorité parlementaire. Dans quatre ans, cette liberté pourrait bien nuire au gouvernement Harper qui a fait de généreuses promesses pour se faire élire le 2 mai dernier. Par exemple, si le ministre Flaherty ne parvient pas à rééquilibrer le budget d’ici à 2015, il n’aura nul autre que son propre gouvernement à blâmer.

La forte création d’emplois depuis le début de l’année (163 k) jumelée à une croissance persistante du PIB et à une inflation légèrement au-dessus de sa borne supérieure nous permettent d’affirmer que le nouveau cycle économique est bel et bien entamé. Il s’agit généralement du moment où la Banque du Canada (BC) commence à augmenter son taux directeur.

Les comptes nationaux canadiens font aussi bonne figure. À titre comparatif, la dette publique totale canadienne est de 80 000 $ par travailleur, en hausse de près de 20 000 $ depuis 2007. Corrigée pour l’inflation, la dette publique réelle par travailleur est pratiquement au même niveau qu’en 1995. Toutefois, l’endettement des ménages canadiens commence à inquiéter sérieusement Mark Carney, le gouverneur de la BC. En ce début de trimestre, les ménages canadiens ont des obligations représentant près de 150 % de leur revenu annuel disponible. En haussant son taux directeur, la BC pourrait ralentir le rythme, voire diminuer l’utilisation du crédit par les ménages, et ce, au coût de quelques faillites personnelles. Plus longtemps la BC conservera sa politique monétaire accommodante, plus il y aura de ménages en défaut lors du moment inévitable de la hausse des taux. D’ici là, seule la force relative du dollar canadien (0,963 $CAN pour 1 $US) retient la BC d’agir.

1Les taux de croissance de PIB sont exprimés en variations trimestrielles annualisées pour tous les pays à l'exception de ceux de la Chine qui sont exprimés en variation annuelle.

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